Saint-Gobain a 350 ans

L’année du 350 ème anniversaire de Saint-Gobain s’achève dans un sentiment de regret du passé et de crainte de l’avenir. La célébration d’un anniversaire est souvent l’occasion de se remémorer le passé en récrivant positivement son histoire. Le site informatique qui a ouvert cette célébration en est l’archétype : représentation de la manufacture des glaces au XVIIIe siècle, portraits des hommes illustres et des dates clefs qui ont marqué le Groupe, ses grandes réalisations emblématiques et ses innovations. Tout cela nous rassure, car sans racine il n’y a guère d’avenir…

 

Mais, cette évocation d’un passé glorieux est une arme à double tranchant. Si elle comble en nous une nostalgie certaine, celle de notre jeunesse, du monde sans chômage des « trente glorieuses », elle nous fige dans un modèle dépassé, voire suicidaire si l’on s’y accroche. En effet, si notre Groupe a pu fêter une telle longévité, reconnue par tous comme exceptionnelle, c’est par une adaptation permanente aux événements qui ne furent jamais tous heureux. Non, l’histoire ne fut pas un long fleuve tranquille, logique et cohérent, comme souvent notre mémoire sélective en conserve l’image. Elle fut un combat permanent contre des difficultés, sans cesse renouvelées, mais aussi des opportunités saisies. Cette adaptation continue à la réalité du monde explique donc la longévité du Groupe, comme clef de la survie de toutes les espèces vivantes, individuelles ou collectives.

 

Il en est de même aujourd’hui dans un contexte d’accélération du changement due à la mondialisation. Que nous le déplorions ou que nous nous en réjouissions, nous sommes entrés dans une époque charnière de notre civilisation dont la précédente étape fut celle de la Renaissance au XVIe siècle, début de la modernité. Sans bien mesurer les conséquences qui naîtront d’un tel changement, nous le sentons en marche tant il nous paraît inéluctable. Aucun pouvoir politique, aucune force ne peut le contrer car il est le sens de l’Histoire. C’est sans doute la réalisation de la « volonté de puissance », infinie et définalisée, qui ouvre le « monde de la technique » qu’annonçait Nietzsche à la fin du XIXe siècle.

 

Devant ce constat, inspirons nous de nos anciens qui ont survécu, voire même ont su se développer en transformant cet apparent aléa en opportunité. Ne prenons pas nos désirs pour la réalité, ne nous figeons pas dans des incantations d’un passé disparu, agissons positivement, acceptons la réalité avec optimisme. Suivons l’exemple du Groupe qui, par son adaptation constante, nous donne un bel exemple de longévité. Certes, ses adaptations successives à de nouveaux métiers, à la disparition de certains, ne se sont pas faites sans douleur. Mais toutes ces décisions ont été bénéfiques tant pour le développement du Groupe que pour les métiers cédés qui ont continué leur vie dans des structures mieux adaptées.

 

Soyons donc dignes de nos prédécesseurs en nous adaptant à la réalité du monde, en agissant  positivement dans les changements inéluctables de notre organisation, en voyant comme le Groupe 350 raisons de croire en l’avenir.

 

Jean-Paul Straetmans