Les cahiers Claude BOUCHER

Nous entamons avec cet article, un cycle consacré à l’oeuvre et à la vie du grand verrier français Claude BOUCHER qui vécut de 1842 à 1913, pendant la grande période d’innovations verrières de la fin du XIXè siècle. Il est connu dans le monde entier pour la mécanisation de la fabrication de la bouteille et des flacons, avec sa machine à souffler et former la bouteille. Mais cette machine fut le fruit de longues années d’apprentissage puis d’études et d’autres innovations qu’il poursuivit dès sa prime jeunesse, jusqu’à sa consécration mondiale à partir de 1898.
Traditions Verrières St-Gobain, groupe de recherches historiques de l’Amicale des retraités St-Gobain a célébré à Cognac, le 26 novembre 1998, le centenaire de cette mise en route industrielle: une exposition au musée de Cognac avec la publication d’un livre, un colloque organisé à la Maison de la culture de la même ville rassemblant les descendants de la famille, des verriers de l’usine proche de St-Gobain et des historiens du verre célébrèrent devant les plus hautes autorités de la ville, la grande figure de ce cognaçais d’adoption.
A la veille de cette exposition , nous présentions succinctement la vie de ce grand verrier français: ce sera notre introduction à une série d’articles et de documents que nous vous présenterons régulièrement en alternance avec d’autres histoires verrières.

En 1898, un maître de verrerie cognaçais terminait la mise au point de la première machine européenne à souffler et former les bouteilles : Claude Boucher (1842-1913) natif de Blanzy en Bourgogne. Il avait mis plusieurs années à la mettre au point et surtout à la rendre capable de fabriquer les commandes d’emballage en verre, de qualité améliorée. D’autres, à la même époque s’étaient lancés dans l’aventure sans succès sur le plan technique, ou dont le process n’était pas adapté à la demande spéciale du marché français de l’époque (grand nombre de forme pour un marché de moyenne série).

Sa réussite il la devait d’abord à sa connaissance du verre, appréhendée pendant son long apprentissage effectué dans plusieurs verreries françaises de l’époque, apprenant le métier à la base comme simple gamin à 10 ans, puis potier en observant le travail des souffleurs ; très vite aussi il ressent le besoin de compléter sa formation, dans les livres des chimistes et géologues de l’époque et de comprendre pourquoi et comment l’on travaillait de cette manière un matériau encore plein de mystère. Peu à peu il innove dans son usine de Cognac, avec de nouveaux types de moules rotatifs (déposés en 1881) et surtout un nouveau four de verrerie (en 1883 et 1885).

Son adaptation au marché, il la devait à sa difficile carrière de patron-vendeur de la première grande verrerie industrielle du cognaçais, augmentant peu à peu sa part de marché au détriment de verriers plus connus du bordelais, du centre et du Nord-Picardie qui livraient en particulier le tout récent marché du négoce cognaçais (auparavant livré en tonneau).

Enfin les difficultés sociales qu’il avait connues comme patron de souffleurs au métier physique très éprouvant, dotés d’une solide humeur corporative, difficiles à diriger dans un contexte d’augmentation continue des besoins du marché, l’avaient fortement motivé depuis les premières grèves de 1892.

Dans ces circonstances sociales mais aussi financières difficiles (fermeture de son usine pendant plusieurs années), il étudie et conçoit un premier modèle de machine avec l’aide d’un serrurier mouliste local Poitou et en dépose le brevet en 1894. Il l’implante en plusieurs exemplaires dans sa première verrerie de Saint Martin pour la faire lentement évoluer, après de nombreux échecs vers un modèle quasi définitif en février 1898 grâce auquel il peut proposer des livraisons importantes et de bonne qualité à sa clientèle, il continuera encore à l’améliorer pour adapter aux nombreux types de flacons demandés par ses clients, grâce à l’expérience acquise dans son usine, avec ses deux fils qui lui succéderont, Alfred et James.

L’amélioration importante apportée par cette invention :
➢ Au coût du produit, par une diminution importante (50) d’un personnel de soufflage beaucoup plus rapide à former, quelques mois, au lieu de plusieurs années dans l’ancien processus, grâce à la simplicité de fonctionnement de sa machine
➢ à la production des verreries en période de forte augmentation de la demande
➢ à la qualité des produits livrés
➢ à la santé des verriers et de leurs très jeunes apprentis (10 à 12 ans),
entraîna bien vite une forte demande des verreries françaises et étrangères qui s’équipèrent, nombreux de ces machines autour de leur four à bassin ; plus de la moitié de la production française de bouteilles étaient ainsi produites au début de la première guerre mondiale. De nombreuses verreries étrangères l’utilisèrent en particulier en Espagne, en Russie et même en Amérique du sud. Au lendemain de celle-ci, les dernières bouteilleries, en particulier les verreries champenoises s’équipèrent de la même manière pour suppléer à la disparition d’un grand nombre de leurs verriers et de l’impossibilité absolue de les former en peu de temps.

Les différentes expositions internationales de 1900 à Paris, de 1904 aux USA, reconnurent ce succès en attribuant à son auteur leurs médailles d’or ; dans le même temps, l’Académie des Sciences lui décernait en 1902 le prix Montyon pour services rendus à l’industrie verrière et à la santé de ses ouvriers.
Peu avant sa mort, Jean Monnet natif de Cognac, regrettait que cette même Académie ne l’ai point accueilli parmi ses membres , compte tenu de l’apport décisif de son invention à la santé des verriers et à l’industrie du verre. Aujourd’hui un certain nombre d’historiens et de passionnés du verre ont entendu ce regret et voulu commémorer ce génie méconnu, technicien verrier autodidacte auteur d’une grande révolution dans le domaine du verre d’emballage, figure intermédiaire entre les gentilshommes verriers de l’époque précédente et les ingénieurs actuels, en promouvant des manifestations diverses dans plusieurs régions.

Après la vallée de la Bresles et la ville d’Eu, où une exposition sur le flaconnage et sa mécanisation s’est tenue, pendant tout l’été, précédée d’un colloque d’histoire du verre (*) , c’est au tour de Cognac, de célébrer son illustre concitoyen.

André ORSINI

(*) Les différentes communications de ce colloque seront publiés sur notre site dans les mois à venir