La Mémoire batie des verriers: 2-STOLBERG en Allemagne rhénane

En septembre 2003, avec un groupe d’amicalistes de la région parisienne, nous découvrions un très beau site verrier ancien composé de plusieurs bâtiments bien restaurés. En effet Paul BENDEN, ancien Directeur de l’ensemble des activités verrières de la glacerie actuelle de Stolberg, nous faisait découvrir le site de la première glacerie de la ville, installée depuis 1853 sur la colline, à Münsterbusch . En ce lieu subsiste un bel ensemble de bâtiments du 19è , qui a connu, depuis 1835, des activités verrières diverses :

  • une bouteillerie dont les vestiges sont englobés dans l’ usine voisine de zinc,

-une halle entière de fabrication de verres à vitres, avec la grande maison du Maitre de verrerie et en parallèle, un groupe de maisons accolées, destinées au logement des contremaitres et des ouvriers professionnels,
-une cité pour le logement du personnel de la glacerie, en grande partie belge et français à l’origine, et qui figure sur le plan ci-dessous ; elle fut construite par St-Gobain vers 1865.
-un étang destiné à l’alimentation en eau des différents ateliers de la glacerie.
Celle-ci fut construite sur ce terrain de près de 17 hectares, à partir de 1853, englobant la halle de verre à vitres précédente ainsi que les maisons d’habitation. Le plan de 1857 et la gravure de la fin du 19è, ci-dessous montre l’ensemble des bâtiments de cette première glacerie .


à gauche la cité ouvrière, avec les 2 rangées de logements parallèles,-
au milieu, entouré par les arbres, la réserve d’eau de l’étang, –
à droite, la halle principale de la glacerie (le rectangle foncé au milieu de l’image), qui n’existe plus maintenant, les vestiges actuels de l’ancienne halle verre à vitres se trouvant dissimulés à l’avant de la gravure ,mais bien visibles au bas du plan, avec les 3 rangées de bâtiments alignés le long de la route.

Ce bel ensemble a été bien restauré et est maintenant converti en Musée technique des industries de la région d’Aix-la-Chapelle ; malheureusement , l’industrie du verre y est encore peu représenté, sauf par la structure fonctionnelle interne et externe du bâtiment, bien mise en valeur lors de l’opération de restauration. Les photos récentes ci-dessous le montrent parfaitement dans les lignes que notre ami des Végla a bien voulu nous communiquer, sur l’histoire des premières implantations verrières de Stolberg.

Zinkhütter Hof sur le site de Mûnsterbusch à Stolberg

L’ensemble des bâtiments du musée « Zinkhütter Hof » est un des rares monuments industriel de la région, qui soit conservé dans son ensemble. Ces bâtiments datent de la première moitié du 19è siècle.
Ce complexe montre en effet l’unité de l’habitat et du travail en usage à cette époque. Que ce soit le propriétaire de la fabrique, le directeur, les contremaîtres ou les verriers les plus expérimentés, tous habitaient à proximité de l’usine.
Le nom « Zinkhütter Hof » ne se justifie que par l’affectation des bâtiments qui a suivi, car l’installation avait au départ été construite en tant que verrerie. Les documents sur sa genèse, trouvés à ce jour sont encore sommaire et incomplets. Quelques publications locales attribuent son origine à James Cockerill ( le fondateur de la mine de charbon « St James » exploités alors sur le même terrain). Mais celui-ci était déjà décédé en 1837 lors de la construction de la fabrique.
Aujourd’hui nous partons de l’hypothèse que l’ensemble a tout d’abord été construit en tant qu’usine de verre à vitres par la société belge » Sté de Charleroi pour la fabrication du verre et de la gobeleterie « , fondée en 1836. D’après l’Arrêté Royal du 25 avril 1837 de Léopold 1 Roi des Belges, trouvé dans les archives de l’Etat à Bruxelles, l’achat d’un terrain d’env. 1,5 ha à Stolberg, près de Aix-la-Chapelle en Prusse, avait été accordé à la dite société pour l’exploitation de ce métier, favorisé par la proximité du gisement de charbon local.

La construction des premiers bâtiments ( ceux qui hébergent aujourd’hui le musée), a sans doute débuté durant les années 1837/38, car la première présentation du projet dont nous avons connaissance, se trouve sur un plan au Musée régional et artisanal de Stolberg, qui date du 14 mai 1838. Ce plan , qui montre le bâtiment actuel, mentionne sous le n° 12, l’emplacement de la « Neue Glashütte », nouvelle verrerie en construction et celui de l’ancienne verrerie »Glashütte » située de l’autre coté de la route Cockerill.construite pour transporter le charbon de la mine proche à Aix Il s’agit vraisemblablement de la verrerie pour verre creux qui, d’après des documents trouvés dans les archives de l’Etat à Düsseldorf, fut construite précédemment par James Cockerill. Cette verrerie a été exploitée pendant quelques années par un gérant qui la transféra rapidement dans la vallée de Stolberg.
La Société de Charleroi n’a pas existé très longtemps. D’après les renseignements trouvés dans les Archives de l’État belge, la maison mère a été mise en liquidation le 11 avril 1843 et dissoute en 1845. Nous ne savons toujours pas sous quel nom la Société de Charleroi a exploité sa verrerie à vitres de Münsterbusch. En tout cas elle a continué sa production jusqu’en 1852. Dans son rapport annuel pour l’année 1852, la Chambre de Commerce de Stolberg faisait état de ce qui suit : « La verrerie à vitres a arrêté son exploitation l’année passée. Par cession de son établissement à une nouvelle société anonyme, celle-ci devrait désormais reprendre ses activités sur une échelle plus large et étendre sa production à la glace ».

En 1853 des bailleurs de fonds français et belges ainsi que quelques citoyens d’Aix-la-Chapelle fondent « la Société de la Manufacture de Glaces d’Aix-la-Chapelle ». Cette société dont les statuts ont été confirmés par ordre du Roi de Prusse, le 22 janvier 1853, a placé son siège social à Aix-la-Chapelle et construit son usine à Stolberg-Münsterbusch en intégrant les bâtiments de l’ancienne verrerie à vitres de la Société de Charleroi. Les premières glaces furent coulées en février 1854, il y a cent ans, quelques mois avant celles de la glacerie de Mannheim ( St Quirin).

Mais l’exploitation de la nouvelle glacerie complétée par une soudière sur le même terrain, rencontra de nombreuses difficultés. Dans ces conditions la société s’adressa à la Compagnie de St-Gobain pour demander son assistance. Sur la base du contrat de bail du 24 janvier 1857 autorisé par le gouvernement du Roi de Prusse, St-Gobain prends en charge tous les établissements de la société d’Aix-la-Chapelle pour une durée de 9 ans.
Les changements entrepris par St-Gobain et l’apport de son savoir-faire technique permirent à la glacerie d’effectuer de grands progrès et d’atteindre bientôt des résultats satisfaisants. Dans ces conditions, la Compagnie décida en 1860 avant même l’expiration du bail , d’acquérir dans la vallée de Stolberg, entre les deux rivières Vicht et Münsterbach, les terrains du lieu-dit « Schnorrenfeld » , mieux adaptés à l’augmentation de ses activités, pour y construire peu à peu une nouvelle glacerie.

En 1863, avant l’expiration du bail, la Société d’Aix-la-Chapelle vendit tous ses terrains et installations de Münsterbusch sauf la soudière ,à la Compagnie de St-Gobain, , (sans doute, en raison de graves problèmes financiers dus à des malversations du Marquis de Sassenay, directeur de la Cie de zinc de Stolberg,). La Sté d’Aix-la-Chapelle fut ainsi mise en liquidation seulement 10 ans après sa fondation et entraîna d’énormes pertes pour ses actionnaires.
St-Gobain a exploité les 2 sites de Münsterbusch et de Schnorrenfeld jusqu’à la fin du 19è siècle.

Au début du 20è siècle l’ensemble des ateliers de fabrication et annexes tournent dans la nouvelle glacerie et les bâtiments de l’ancienne glacerie sont vendus à la Société de Zinc de Stolberg, d’ou le nom de l’ensemble muséal actuel :« Zinkhütter Hof », mais dont on peut maintenant comprendre qu’il pourrait se dénommer, par son architecture de construction et de première fonction productive : « Glasshütter Hof »

En 1993 la ville de Stolberg a racheté ces bâtiments, et après une remise en état très réussie soulignant la qualité des divers matériaux ,et en restaurant les forme intérieures et extérieures d’origine, retrouvé les fonctions passées de Halle verrière

Paul BENDEN et André ORSINI

publié dans le Bulletin de l’Amicale en mars 2004