Il y a 50 ans Saint-Gobain absorbait la Verrerie et manufacture de Glaces d’Aniche

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Cette année, le groupe verrier Saint-Gobain va fêter le cinquantenaire de l’absorption de la société anonyme des Verreries et Manufactures des glaces d’Aniche, plus connue sous le nom de Verrerie d’en Haut. C’était le 29 janvier 1960. Les historiens Michel Debève et Daniel Devred nous rappellent cet événement important qui marquera les communes d’Aniche et Émerchicourt.

La Société Anonyme des Verreries et Manufactures de glaces d’Aniche, plus connue sous le nom de Verrerie d’en Haut ou verrerie DRION, est à l’origine une verrerie familiale, située à l’extrémité Sud du village. Elle avait été fondée le 18 juin 1823 par deux industriels belges : Adrien Drion et Eugène de Dorlodot.

Néanmoins, la production avait débuté dès le 13 du mois de février 1823, comme en atteste le registre comptable de cette année-là. La direction de l’établissement était alors confiée à Cornil Dams. Les mêmes registres nous apprennent qu’à ses débuts, l’usine ne fabriqua que des bonbonnes (dame-jeanne) et des bouteilles jusqu’en 1826, date à laquelle elle commença à produire du verre à vitres. En 1839, l’usine assez modeste, que l’on appelait fréquemment verrerie d’Azincourt, occupe cent cinquante ouvriers. Depuis cette époque et presque sans interruption (sauf pendant les deux guerres mondiales), l’usine que certains syndicalistes n’hésitèrent pas à surnommer « la forteresse » produira, encore et encore, du verre. Bien sûr, les méthodes de production du verre plat ont bien changé depuis tout ce temps. Tout d’abord soufflé à la bouche jusqu’en 1931, il sera ensuite étiré verticalement par les procédés Fourcault et Pittsburgh, et enfin étendu et poli au feu sur un bain d’étain en fusion par le procédé Float Glass.

Secrets de fabrication:

Le métier de souffleur de verre est celui qui a le plus marqué les esprits : beau et terrible métier que celui-là ! Dans une atmosphère surchauffée, ces hommes ont su, par tous les temps, apprivoiser la matière visqueuse, afin de lui donner la forme recherchée. La corporation verrière, jalouse et fière de ses prérogatives, gardait ses secrets de fabrication et ne les transmettait qu’avec beaucoup de réticences : essentiellement dans la famille, car les vieux verriers disaient qu’elle était « sa chose ».

À partir de 1885, le premier four à bassin de verre à vitres installé en France le fut à la Verrerie d’en Haut. Grâce à lui, la production augmente considérablement. On passe à un four de douze places occupant soixante souffleurs, et ce d’une façon continue. Diverses autres activités ont existé aussi dans cette vaste usine, notamment une fabrique de produits chimiques, nécessaire à la verrerie, et qui fut mise en route en 1846. Une fabrique de glaces coulées fut également autorisée par décret daté de 1847, et inaugurée seulement en 1857 par le sous-préfet de Douai. •

En 1850, le « maître de verreries » de l’époque fait construire sa résidence dans le magnifique parc attenant à l’usine. …

Ce « château » est en fait la réplique de celui que possède à Gosselies (B) le baron Drion du Chapois. La fabrique de miroirs est connue dès 1850, et bien des diplômes ou médailles viendront couronner les résultats obtenus par Adolphe Patoux, associé des Drion, dans leur verrerie anichoise. En 1868, la société Patoux-Drion et Cie va profiter de la loi de 1867, pour se transformer en société anonyme par actions. En 1873, on achète sur le boulevard une très grande maison. Elle deviendra le siège des administrateurs. L’année 1875 verra la disparition, à l’âge de 66 ans, de son directeur gérant : Adolphe Patoux. Il était alors maire de la commune et c’est une foule considérable qui le conduisit au cimetière du centre.

Saint-Gobain entre dans le capital

Depuis 1908, le groupe verrier Saint-Gobain (à l’origine la Compagnie des glaces fondée par Colbert en 1665) détient 1 700 actions de la SA, nombre qu’elle accroîtra encore dans les années trente. Le 27 novembre 1959, bien que le bilan fût clos dès le 31 août, le Conseil d’Administration de la verrerie d’En-Haut est convoqué pour répondre à la proposition d’absorption de la Verrerie et manufacture de glace d’Aniche proposée par la Compagnie de Saint-Gobain. Au terme de deux conseils, et malgré l’opposition du président Roger Drion très peiné, l’offre de la Compagnie est votée . La fin des pouvoirs de M. Drion fut donc décidée le 6 janvier 1960, suivie de la nomination d’Auguste Lansiaux comme président directeur général. Tous les actionnaires furent informés, et il fut décidé d’échanger les actions à raison de deux Saint-Gobain contre cinq de la société anonyme. La verrerie continuera de produire et de transformer le verre qu’elle fabrique avec ses 650 ouvriers, cadres et maîtrise.

Pierre Corvillain, ingénieur à Chantereine, prend la direction de l’usine d’Aniche, mais aussi de la construction d’une nouvelle unité de fabrication du verre. Cette usine sera construite grâce à un échange de terrains effectué avec la société Usinor et adopte le procédé Pittsburgh. Entre temps, le vieux Fourcault, mis en service en 1931, est réparé afin de continuer la production en attendant que la nouvelle verrerie soit opérationnelle. Les travaux commencent au mois d’octobre 1960, et on peut dire que Saint-Gobain ne fait pas les choses à moitié. Une dizaine d’ingénieurs, secondés par une vingtaine de dessinateurs, provenant pour la plupart des ateliers Cail-Denain, se mettent au travail. La machine est en route. Malgré les mauvaises conditions météorologiques, les problèmes récurrents d’inondations dues à la découverte de sources, l’usine sort de terre. •

En 1960, Roger Drion fait son discours d’adieu.

L’allumage officiel a eu lieu le 17 juillet 1962 par Mme Corvillain, épouse du directeur. Les premiers essais ont lieu le 30 août et la mise en exploitation se fait le 2 septembre.

On peut aussi signaler qu’il fallut faire appel à du personnel qualifié venant essentiellement de l’usine Saint-Gobain de Chalon-sur-Saône. L’usine étant construite sur le territoire d’Émerchicourt, ce village allait voir sa destinée fortement influencée.On construit d’abord, derrière la cité Lestienne, un groupe de maisons destinées aux cadres de la nouvelle usine, puis d’autres logements dans l’actuelle rue Picasso.

Beaucoup d’embauches auront lieu à partir de 1962, et l’effectif de l’usine ne fera que croître jusqu’en 1975, atteignant cette année-là son point culminant : 1171 personnes.

La glacerie, elle aussi, évolue : de nouveaux fours de trempe y sont installés. Il faut se souvenir que depuis 1936, la verrerie fabrique du verre « sécurit » pour automobiles. Actuellement, si « Saint-Gobain Sékurit », située sur Aniche se charge de la fabrication de glaces automobiles, « Saint Gobain Glass », à Émerchicourt, continue la fabrication du verre plat sur son Float-Glass.

Afin de marquer cet événement majeur que fut l’arrivée de Saint-Gobain dans la ville, la direction des deux sites a décidé d’organiser, pour son personnel actif et retraité, un anniversaire qui, soyons-en sûr, animera ce début d’année 2010. Nous aurons l’occasion de revenir sur cet anniversaire et les manifestations qui l’accompagneront. •

Merci aux historiens Daniel Devred et Michel Debève pour leur aide.

Trois articles parus dans l’édition Douai de La Voix du Nord les 5, 6, et 7 janvier 2010, avec quelques illustrations complémentaires d’André Orsini

Grand merci à Michel Debève et à Daniel Devred de nous avoir rappelé cette date importante de la verrerie d’Aniche, la seule à subsister en 2010, dans cette ville qui, avec une dizaine de verreries, fabriquait plus de la moitié du verre à vitres en France, au début du XXè siècle. Nous avons déjà eu l’occasion de rencontrer Michel et l’équipe de René Diverchy, au très intéressant Centre de Mémoire de la Verrerie d’En Haut installé dans l’ancien bâtiment des travaux de la verrerie. Celui-ci s’est donné pour mission de sauvegarder et montrer des machines, mobiliers, livres, documents et photos de l’histoire de la verrerie depuis ses transformations multiples. C’est aussi un Centre de mémoire du verre plat unique en France qui rappelle toutes les techniques de cette famille de verre, produite dans cette usine: verre soufflé, étiré, coulé, flotté, et tous les produits transformés qui en ont découlé, miroirs, verre photo, cathédral, durflex, émalit et maintenant sécurit bâtiment et auto , sans oublier la soudière qui produisait le sulfate de soude nécessaire à la fusion du verre.

A la suite de ces articles, et pour prolonger ces manifestations du cinquantenaire, nous comptons vous proposer plusieurs communications publiées entre les deux guerres dans la très intéressante revue Glace et Verre sur les différentes technologies utilisées dans cette verrerie, depuis sa création en 1823

André ORSINI