Le bulletin n° 157 a été diffusé à tous les adhérents au début du mois de juin

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L’importance accrue des retraités dans la société

L’incompréhension de la société à l’égard des retraités est due, en grande partie, à la méconnaissance de cette catégorie de population qui a connu un profond bouleversement quantitatif et comportemental en une génération. Le vocable « non-actif » pour les désigner ne semble plus pertinent, voire caricatural, compliquant ainsi le règlement des questions sociétales liées à leur développement.

Selon l’OCDE, dans les années 50, on dénombrait 5 actifs pour un retraité. En 2010 ce ratio est tombé à 3,5, et il sera égal à 2 à partir de 2040. D’autre part, les Français partent à la retraite plus tôt que leurs voisins européens, en moyenne avant 60 ans (58,7 ans pour les hommes et 59,5 ans pour les femmes) avec une espérance de vie à 60 ans qui ne cesse de s’accroître (23,2 ans pour les hommes et 27,5 ans pour les femmes). Il en découle une augmentation de la durée de la retraite, à savoir 24,5 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes. Quoiqu’il en soit, en une génération, nous avons vu se constituer une catégorie de 20 % de la population française, soit de l’ordre de 13 millions, dont les engagements sont devenus indispensables au bon fonctionnement du pays.

Tout d’abord, par l’allongement de l’espérance de vie grâce aux progrès de la médecine, ils héritent de la charge de leurs aînés avant leur départ en retraite. Parallèlement, ils hébergent plus longtemps leurs enfants dont la durée des études s’allonge. La crise de l’emploi retient également plus longtemps les enfants au foyer familial. Ces nouveaux retraités sont ainsi devenus une « génération-pivot ». Cette dénomination définit très clairement le rôle indispensable qu’ils ont pris dans le bon fonctionnement de la société avec toutes les conséquences économiques qui en découlent : prise en charge de l’assistance à leurs parents, ainsi que le soutien matériel et financier intergénérationnel estimé à 30 milliards d’euro par an.

Mais l’assistance des retraités se porte principalement sur les petits enfants. Trois retraités sur quatre sont des grands-parents de 5 petits-enfants en moyenne. De nombreux foyers, où les deux parents travaillent, ne pourraient pas fonctionner sans l’aide de grands-parents assurant l’accompagnement à l’école, l’aide aux devoirs jusqu’à la prise en charge les mercredis et vacances scolaires. Cet apport au fonctionnement de la cellule familiale ne s’arrête pas au seul plan matériel. Il est essentiel au développement des petits-enfants, depuis l’apprentissage du langage jusqu’à l’ouverture au monde. Les grands-parents participent donc activement à la formation de futurs citoyens.

La société ne retient bien souvent, de l’image des retraités, que le consommateur de loisirs vivant sur le dos des actifs. Cette consommation, enfin possible et méritée, participe activement à cette économie du loisir qui ne pourrait trouver son équilibre, en périodes creuses, sans l’apport de cette clientèle. Et nous le savons bien à Saint-Gobain que les retraités sont d’actifs bricoleurs, rénovant leur habitat ou celui de leurs enfants. Pour d’autres, c’est le sport ou l’informatique qui permet de rester en forme ou en contact avec leur famille éloignée. Ils achètent des équipements, ordinateurs, tablettes, smartphones, appareils photo, etc…. Nous voyons bien qu’une nouvelle économie, dite « silver-économie » s’est créée grâce à ces 13 millions de consommateurs vivant plus longtemps.

Enfin, combien d’organisations qui charpentent notre société ne fonctionnent que par la présence active d’une majorité de retraités. Nous les retrouvons principalement dans les associations caritatives (62 %), dans des associations de défense des intérêts (59 %), dans le domaine du social (46 %), sans compter le culturel ou les loisirs. Une récente étude de la CNAV estime globalement à 38 % le pourcentage de retraités inscrits dans une association, dont ils assurent à 48 % la présidence. Dans le fonctionnement même de la cité, combien de maires, de conseils municipaux ou de quartiers, sont issus du rang des retraités. Combien de bureaux de vote, de commissions consultatives d’organismes publics, sont tenus également par cette population.

Les exemples sont trop nombreux pour pouvoir être tous cités, mais ils montrent que sans l’apport de cette nouvelle catégorie de population, la société s’appauvrirait. De plus, compte tenu de leur meilleur taux de participation aux élections, ces retraités ont pris un poids important dans l’orientation politique du pays, toutes les enquêtes le confirment. Il semble donc nécessaire de mieux informer sur cette catégorie de citoyens pour qu’une reconnaissance réelle permette d’avancer dans la résolution de leurs problèmes qui sont autant sociologiques qu’économiques.

 

Jean-Paul Straetmans

 

 

MOTS CLES        Génération pivot         Retraite active          Présence active dans des organisations et associations