Au secours de notre mémoire, les périodiques de la profession et de St-Gobain

Une source importante de nos recherches provient des périodiques parus, à partir de 1927 pour la profession verrière, et de 1955 pour St-Gobain Verre creux, et 1960 pour notre Compagnie en 1960. En cette année 2013 où nous célébrons le centenaire de la verrerie de Chalon/Saône et le cinquantenaire de la nouvelle verrerie de Cognac, nous avons eu la chance d’en retrouver des informations et photos, peu connues des lecteurs d’aujourd’hui. Par exemple Glaces et Verre dans son n°9 de 1929 publiait un article sur les différents procédés de fabrication du verre à vitres et en particulier le procédé d’étirage mécanique de l’American Window Glass utilisé en France à Chalon/Saône et à Aniche, sous la signature d’un certain Hermès.3|center> La surprise venait d’une part du surnom utilisé par l’écrivain, mais aussi de la non-mention, dans l’article, du lieu de l’usine et des photos insérées. Après quelques recherches à Chalon et dans les documents fournis par la bibliothèque d’histoire économique et industrielle des Etats-Unis sur l’histoire de la verrerie de Jeannette et du procédé de l’American Window Glass, nous avons pu retrouver le lieu ayant donné lieu à l’article et aux photos, la verrerie St-Gobain de Chalon/Saône. Nous avons ainsi pu illustrer l’article sur les procédés et l’usine dans notre brochure sur les 100ans de Chalon.
De la même manière, pour célébrer le cinquantenaire de la verrerie nouvelle St-Gobain de Cognac, nous avons fait appel à la revue St-Gobain de l’été 1962, qui, à l’occasion des constructions de la verrerie nouvelle de St-Gobain, rappelle l’important mouvement que subit à cette occasion la division verre creux. Il nous a semblé intéressant de vous en faire profiter, en publiant la première partie, résumant l’ensemble de cette réorganisation et indiquant les verreries les plus anciennes touchées par cette réorganisation.

« VERRE CREUX
Importantes transformations dans le secteur bouteillerie
Concentration ? S’agit-il d’un mot à la mode ? Est-ce une invention des économistes modernes ?

L’histoire des fabricants de bouteille au cours des 40 dernières années donne la réponse à ces deux questions. La structure d’une verrerie à bouteilles, après la fin de la guerre de 1914-18 était très simple. Le « Maitre de Verrerie », patron ou administrateur délégué, vendait la production. Sous ses ordres le « Fondé de pouvoir », l’homme de confiance, assurait les taches administratives et régnait sur un ou deux employés. Le service technique était représenté par le forgeron. Et un ou deux « commis » se chargeaient des Relations Humaines, en tirant de leur lit sans trop de ménagement, les verriers en retard au travail.
Cette structure artisanale favorisait évidemment la dispersion des établissements. Les frais généraux étaient légers pour les douze verreries éparpillées dans le nord de la France et la région rémoise qui fournissaient un marché de champagne deux à trois fois moins important qu’aujourd’hui. Les prix de vente étaient d’ailleurs spéculatifs : en cas de pénurie, comme ce fut le cas à la fin de la guerre de 1914, la champenoise s’étaient vendues jusqu’à 2 francs, soit la valeur de plusieurs heures de travail d’un ouvrier.
Tout changea vers 1925 avec l’apparition des premières machines automatiques. Il fallait être riche pour payer et surtout pour faire marcher correctement feeders, machines, arches à tapis, compresseurs. En un mot il fallait des investissements, des techniciens, et les frais généraux augmentaient d’une façon vertigineuse par rapport à une production en très légère expansion.(1) Le dilemme était posé : il fallait ou disparaître ou se regrouper, et c’est dans ces conditions que quinze verreries à bouteilles faisaient successivement appel à l’aide de St-Gobain. C’étaient Vauxrot, Hirson, Dorignies, Escaupont et Denain dans le Nord, Saumur, Angers, Cognac, Arlac, Carmaux, Bousquet d’Orb, Pont-Saint-Esprit, St-Romain-le-Puy, St-Yorre, Chalon/Saône(Aupècle). Entre les deux guerres, et toujours en raison de la même nécessité de survivre ou de disparaitre, dix de ces usines seulement étaient encore en activité. Après la deuxième guerre mondiale, le marché devenait plus compétitif, plus difficile, mais aussi plus important. Il exigeait des usines encore mieux équipées, des investissements supplémentaires, un encadrement plus important, donc et encore toujours de nouveaux frais généraux qui devaient s’étaler sur une production locale accrue, ceci au détriment d’autres usines moins bien placées. Inexorablement de nouvelles concentrations d’usine étaient rendues nécessaires, et aujourd’hui seules restent en exploitation cinq des anciennes verreries : Vauxrot, Angers, Cognac, Arlac, St-Romain, auxquelles s’est ajoutée Genlis de création plus récente.
L’évolution est-elle terminée ? Certes non, car le Marché Commun nous impose soit de dispraitre, soit de nous équiper d’usines à l’échelle européenne. Ceci ne veut pas dire que nous ayons l’intention d’inonder toute l’Europe, de nos productions. La bouteille n’est d’ailleurs qu’un emballage, vendu par conséquent, très bon marché, et sa rentabilité fond à vue d’œil lorsque le lieu de livraison s’éloigne trop de l’usine. Encore ne faut-il pas encourager nos partenaires à exporter en France, grâce à des tarifs intérieurs supérieurs aux leurs. Ceci n’aurait pas manqué de se produire si les bouteilleries françaises étaient encore équipées comme en 1950. Non seulement nos prix de revient doivent encore être comprimés, mais aussi ils doivent permettre l’acquisition de matériels de plus en plus modernes et la mise en œuvre de techniques novelles c’est encore une fois le problème des frais généraux à étaler sur une production massivement accrue.
Aussi à la fin de l’année prochaine, la production de bouteilles de Saint-Gobain sera concentrée dans trois usines(2) :
Vauxrot, la nouvelle usine de Cognac, Saint-Romain-le-Puy,
Harmonieusement répartie sur le territoire français et située à proximité de la clientèle régionale. D’ailleurs des entrepôts subsisteront à l’emplacement des anciennes verreries (Arlac, Angers, Genlis) de façon à assurer le même service qu’auparavant, aux clients locaux.
Sur le plan financier, le regroupement a été rendu possible par l’absorption par la Compagnie, des quatre sociétés verrières qui exploitaient ces usines et qui, isolément, n’auraient pas pu faire cet effort d’adaptation nécessité par l’élargissement du marché et l’accroissement de la production ».

1 : Une première réorganisation de l’implantation des bouteilleries s’est produit dans les dernières années du XIXè siècle( 1880), avec le remplacement des nombreux petits fours à pots, par le four à bassin à marche continue qui exigeait un effort financier important.

2 : Renforcée depuis la date de l’article, par la nouvelle usine de Chalon-Saône et la quasi absorption des V.O.A. à Albi .

André Orsini

PS: il nous manque quelques n° de St-Gobain Verre Creux; n’hésitez pas à nous les proposer si vous ne désirez plus les conserver